L’hippothérapie et les troubles du spectre de l’autisme : quand le cheval devient un partenaire thérapeutique
Pour une personne présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA), certaines situations du quotidien peuvent représenter un véritable défi : communiquer avec les autres, entrer en interaction, gérer ses émotions, s’adapter aux changements ou encore traiter certaines informations sensorielles.
Dans ce contexte, l’hippothérapie et la médiation animale peuvent constituer un accompagnement complémentaire particulièrement intéressant.
Je vais, dans cet article, tenter de décrire au mieux les bénéfices de l’hippothérapie pour les personnes TSA en me basant sur des articles mais également et surtout sur ma pratique quotidienne en tant que psychologue / hippothérapeute.
Pour commencer, il est important de comprendre que le cheval n’est pas un simple outil, il s’agit d’un véritable partenaire thérapeutique qui apporte énormément d’informations dans un suivi thérapeutique. Très connu comme étant le miroir de nos émotions, il peut en réalité prendre plein de postures différentes, plus riches les unes que les autres. Grâce à ces différentes postures, les chevaux permettent par exemple de travailler directement les relations sociales, l’attachement, les codes sociaux mais aussi la motricité, la confiance en soi, etc.
Même si les recherches scientifiques sur le sujet restent trop peu nombreuses, celles menées ces dernières années montrent des résultats encourageants, notamment dans les domaines de la communication sociale, de certaines compétences sociales et de certains comportements.
Par exemple, une méta-analyse publiée en 2023, portant sur cinq essais contrôlés randomisés et 240 participants, a notamment retrouvé un effet bénéfique significatif des interventions assistées par le cheval sur les compétences sociales, la communication sociale et la cognition sociale.
Avec l’objectif d’être la plus claire possible sur les bénéfices des séances, j’ai décidé de structurer cet article autour des pistes de travail les plus évidentes que l’hippothérapie permet chez les personnes TSA, à savoir :
1. Le travail de la relation & de la communication
2. Le travail autour de la flexibilité
3. Le travail autour des émotions et de la régulation comportementale
4. Le travail autour de l’autonomie
5. Le travail autour de la confiance en soi
Il est important de préciser que pour qu’un travail thérapeutique puisse commencer, il faut être dans un lieu bienveillant, avec des thérapeutes formés et des animaux respectés. Une fois ces critères réunis, je vous laisse découvrir tout ce qui peut être travaillé…
1. Un médiateur qui facilite la relation & la communication
Pour certaines personnes avec TSA, entrer directement en relation avec un autre être humain peut être difficile. Le cheval peut alors jouer un rôle de médiateur.
Il peut jouer un rôle de médiateur au niveau de la relation : faciliter la confiance, l’alliance, le lien et la motivation à rentrer en relation. La personne et le professionnel ont un objectif commun : s’occuper du cheval. Et cet objectif va favoriser la relation.
Mais aussi au niveau de la communication : La situation crée naturellement des occasions de communiquer, de partager son attention et d’interagir avec l’autre.
Plutôt que de demander directement à la personne de communiquer avec le thérapeute, on peut partir d’une situation concrète :
« Peux-tu donner la carotte au cheval ? »
« Où veux-tu aller avec lui ?
« Peux-tu le brosser ? »
« Est-ce que tu penses que le cheval a un message à passer ? »
Ces questions concrètes vont être plus faciles à intégrer pour la personne TSA et ce sera plus facile pour elle de répondre.
Je me rappelle par exemple d’un patient TSA qui m’expliquait à quel point c’était important pour un de mes chevaux d’être propre. Cette projection sur le cheval m’a permis d’aborder avec lui certains de ses comportements obsessionnels, sans qu’il ne se sente acculé par mes questions.
Mais le cheval ne libère pas la parole que par les sujets qu’il ouvre. Un grand phénomène qui rentre en jeu ici, c’est aussi le mouvement. En effet, le mouvement libère la parole. Si vous êtes proche d’une personne TSA vous vous serez peut-être rendu compte que le mouvement limite souvent les stéréotypies. Il se trouve qu’un autre bénéfice du mouvement est la libération de la parole. Il n’est donc pas rare, lorsqu’un patient est à cheval que d’un coup il se mette à nous parler de plein de choses qui sont d’habitude inaccessibles pour lui. La parole est souvent plus fluide, plus facile, moins taboue.
Je me rappelle par exemple d’un patient qui ne me parlait que quand nous nous baladions dans le bois, lui à cheval, moi à côté. Et à chaque fois que le cheval s’arrêtait pour une raison X ou Y, lui s’arrêtait de parler.
Pour finir, il est important de noter que la communication ne passe pas uniquement par la parole. Avec le cheval, une personne peut communiquer par un geste, un regard, une posture, une expression, un signe ou des mots. Et le cheval offre une réponse très concrète aux actions de la personne. La personne peut ainsi expérimenter de manière très concrète l’effet de sacommunication non verbalesur son environnement même si elle ne passe pas par les mots.
Lorsqu’on regarde dans la littérature, des effets bénéfiques sont documentés. Une méta-analyse publiée en 2023 a par exemple démontré une amélioration significative de plusieurs dimensions de la Social Responsiveness Scale, notamment la communication sociale et la cognition sociale.
On retrouve également dans la littérature, un essai contrôlé randomisé mené auprès de 127 enfants et adolescents âgés de 6 à 16 ans, qui a observé après 10 semaines d’équitation thérapeutique, des améliorations significatives de la communication sociale et de la cognition sociale par rapport au groupe contrôle. L’étude a également observé une augmentation du nombre total de mots et de nouveaux mots utilisés dans un échantillon de langage standardisé.
2. Un cadre pour travailler progressivement la flexibilité
Les personnes TSA peuvent parfois avoir besoin d’une organisation très prévisible. Même s’il est important de la respecter à certains moments pour leur permettre des apprentissages sereins, et des moments de paix, il est également important de continuer à confronter les personnes TSA aux changements car la vie est faite de changements, et qu’il faut les préparer à savoir y faire face.
Un centre d’hippothérapie avec des animaux et des thérapeutes présents toute l’année permet de conserver cette structure tout en introduisant de petites variations. En effet, les animaux sont imprévisibles et nous poussent à accepter l’imprévu. Un environnement naturel a le même effet. Parfois un cheval ne sera pas disponible car blessé, parfois un même cheval sera calme, parfois non. Certains jours il fera beau, d’autres, il pleuvra. Ces petits changements qui nous paraissent anodins, sont très stimulants pour les personnes TSA et permettent d’entretenir leur flexibilité.
L’objectif n’est pas de mettre volontairement la personne en difficulté, mais de lui permettre, avec l’aide du professionnel, d’expérimenter progressivement l’adaptation au changementdans un environnement sécurisant.
3. Un travail autour des émotions et de la régulation comportementale
Le cheval peut également devenir un support pour travailler la régulation émotionnelle et comportementale.
L’environnement animal possède une structure relativement prévisible : préparer le cheval, le brosser, réaliser une activité, puis terminer et ranger. Cette succession d’étapes peut offrir un cadre sécurisant permettant au professionnel d’accompagner progressivement la personne dans lagestion de l’attente, de la frustration ou des changements.
Les données scientifiques sont particulièrement intéressantes concernant certains comportements. Dans l’essai contrôlé randomisé de Gabriels et al., les enfants ayant participé au programme d’équitation thérapeutique ont présenté une diminution significative de l’irritabilité et de l’hyperactivité par rapport au groupe contrôle. Des améliorations ont également été observées dans la cognition sociale et la communication sociale.
Une méta-analyse de 2023 portant sur 25 études a également retrouvé des améliorations significatives dans les domaines de la cognition sociale, de la communication, de l’irritabilité et de l’hyperactivité.
Dans ma pratique, je vois ces bénéfices sans aucun doute, et je rajouterais également que cette régulation comportementale que les personnes développent, les aide de manière assez directe à augmenter leur confiance en eux mais également leur sentiment de contrôle. Ensuite, ce sentiment de contrôle augmente leur sécurité intérieure. Je serai trop limitée dans un article pour expliquer les bénéfices qui arrivent en cascade ensuite mais il est clair pour moi que c’est une forme de thérapie très riche qui arrive à lier énormément de choses.
En ce qui concerne la régulation émotionnelle, les bénéfices des chevaux ne sont plus à démontrer. Véritables miroirs de nos émotions, les chevaux nous les renvoient de manière visuelle ce qui est un véritable atout pour apprendre à comprendre et gérer ses émotions.
Je me rappelle d’un patient qui un jour m’a parlé de notre cheval Pixel, il l’observait dans le pré et Pixel qui fait partie d’un groupe de trois chevaux était clairement à l’écart des deux autres depuis quelques minutes. Après un silence et une observation intense, le patient s’est retourné vers moi et m’a demandé : c’est parce qu’il est différent qu’il se sent seul ? Je lui ai alors demandé pourquoi il pensait qu’il se sentait seul. Il ne savait pas me répondre mais je lui ai alors demandé comment il avait l’air. Le patient m’a alors répondu « triste ».
À la suite de cet échange, il a été très facile pour moi de faire le lien avec les émotions de mon patient et de lui permettre de se rendre compte de ce qu’il vivait. Quand nous sommes sortis du pré, Pixel est retourné tranquillement manger à côté de ses deux copains.
4. Développer la motricité et l’autonomie au travers d’activités concrètes
L’intérêt du cheval est également de permettre de travailler les capacités motrices dans des situations qui ont du sens.
La motricitéest directement travaillée quand la personne monte à cheval mais l’hippothérapie ne se limite pas à monter à cheval. Les soins apportés à l’animal peuvent également constituer une partie essentielle de l’accompagnement.
Brosser un cheval, prendre une brosse, remplir un seau, donner une récompense, mettre ou enlever un équipement, marcher avec l’animal ou ranger le matériel mobilisent différentes compétences. La motricité fine peut être sollicitée lors des soins tandis que la motricité globale peut être travaillée lors des déplacements dans les installations ou lors des activités avec le cheval. L’équilibre et les ajustements posturaux peuvent également être sollicités lors des activités montées.
Qui dit motricité dit aussi autonomie. En effet, prendre soin de l’autre, le faire seul et apprendre des choses, c’est clairement une excellente occasion de développer l’autonomie.
Brosser, nourrir, donner de l’eau, préparer le matériel ou participer au rangement permettent à la personne de devenir actrice de l’activité. Elle n’est plus simplement « accompagnée », elle a une tâche à réaliser, un rôle.
Via ce rôle, on peut favoriser l’autonomie et le sentiment de compétence, tout en permettant de travailler différentes capacités dans une situation concrète.
5. Une activité qui peut renforcer la confiance en soi
Réussir à approcher un cheval, le brosser, lui donner une récompense, le faire avancer ou réaliser une activité avec lui représente une succession de petites réussites. Pour une personne qui peut rencontrer régulièrement des difficultés dans d’autres environnements, ces réussites peuvent être particulièrement valorisantes. Le cheval devient alors un partenaire avec lequel la personne peut expérimenter :
« Je suis capable. »
Cette dimension est importante dans l’accompagnement : il ne s’agit pas uniquement de travailler des difficultés, mais également de permettre à la personne de découvrir ses compétences.
Pour conclure…
Les bénéfices de l’hippothérapie chez les personnes porteuses d’un TSA sont nombreux ; les citer et les expliquer complètement dans un article serait impossible. Ce qui est sûr, c’est qu’en plus de la grande variété de choses qui peuvent être travaillées via l’hippothérapie et la médiation animale, l’une des grandes forces de cette forme de thérapie est que c’est une activité qui donne du sens aux apprentissages. La personne ne vient pas simplement « travailler la communication ». Elle vient voir un cheval. Elle ne vient pas uniquement « travailler la motricité ». Elle vient le brosser. Elle ne vient pas seulement « travailler l’autonomie ». Elle vient s’en occuper.
Les interventions assistées par le cheval sont donc particulièrement intéressantes parce qu’elles permettent de travailler plusieurs dimensions dans une activité motivante et porteuse de sens tout en ouvrant un espace de parole secure.
Notons que les bénéfices observés changeront d’une personne à l’autre, qu’ils peuvent parfois prendre du temps à arriver. Et n’oublions jamais que le principal objectif reste toujours d’offrir à l’autre un moment pour lui dans un lieu où il se sent bien et où la différence n’est pas une barrière.
Références scientifiques
- Madigand, J., Rio, M., & Vandevelde, A. (2023). Equine assisted services impact on social skills in autism spectrum disorder: A meta-analysis. Progress in Neuro-Psychopharmacology & Biological Psychiatry, 125, 110765.
- Gabriels, R. L. et al. (2015). Randomized Controlled Trial of Therapeutic Horseback Riding in Children and Adolescents With Autism Spectrum Disorder. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry.
- Xiao, N. et al. (2023). Effects of Equine-Assisted Activities and Therapies for Individuals with Autism Spectrum Disorder: Systematic Review and Meta-Analysis. International Journal of Environmental Research and Public Health, 20(3), 2630.
- Chen, S. et al. (2022). Effects of Therapeutic Horseback-Riding Program on Social and Communication Skills in Children with Autism Spectrum Disorder: A Systematic Review and Meta-Analysis. International Journal of Environmental Research and Public Health, 19(21), 14449.
- Nieforth, L. O., Schwichtenberg, A. J., & O’Haire, M. E. (2023). Animal-Assisted Interventions for Autism Spectrum Disorder: A Systematic Review of the Literature from 2016 to 2020. Review Journal of Autism and Developmental Disorders.
- Pan, Z. et al. / Gabriels et al. (2018). Long-Term Effect of Therapeutic Horseback Riding in Youth With Autism Spectrum Disorder: A Randomized Trial. Frontiers in Veterinary Science.
- 2024 – Revue systématique sur les fonctions motrices. Equine-assisted services for motor outcomes of autistic children: A systematic review.
