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Familles & particuliers

Burnout : pourquoi le cheval aide là où la parole seule ne suffit pas ?

Ilana
Publié le 27 août 2026
Une thérapeute agenouillée caresse un cheval dans un pré

Et si, lorsque les mots ne suffisent plus, le corps et le cheval pouvaient ouvrir un autre chemin ?

Le burnout ne se résume pas au fait d’être « trop fatigué ». C’est un état d’épuisement profond qui peut toucher à la fois le corps, les émotions, la concentration, la confiance en soi et la capacité à faire face au quotidien.

Souvent, la personne sait qu’elle ne va plus bien. Elle peut même être capable d’expliquer ce qui lui arrive. Mais comprendre intellectuellement son épuisement ne signifie pas toujours réussir à le ressentir, à l’exprimer ou à sortir des mécanismes qui l’ont conduit jusque-là.

C’est précisément là que l’accompagnement avec le cheval peut prendre tout son sens. Parce qu’avec un cheval, il n’est pas nécessaire de tout expliquer. Il faut être là. Observer. Respirer. Ressentir. S’adapter. Et progressivement, retrouver un contact avec soi-même.

Dans cet article, je vais décrire quelques points sur lesquels le cheval et l’hippothérapie peuvent aider les personnes en burn-out, mais il est important de garder en tête que chaque personne et chaque situation est différente et qu’il est impossible en un article de décrire précisément les phénomènes en jeu.

Voici les points qui seront abordés :

1. Le burn-out & le corps 2. Une alliance et un espace de parole plus faciles à trouver 3. Actions et sensations 4. La régulation des émotions 5. Connaître et poser ses limites 6. La confiance en soi

1. Le burnout, c’est aussi un corps qui dit « stop »

Dans le burnout, le corps peut devenir le premier à parler.

Fatigue persistante, tensions musculaires, troubles du sommeil, difficultés de concentration, irritabilité, sensation d’être constamment sous pression… Même lorsque la personne est physiquement au repos, son organisme peut rester en état d’alerte. Le travail avec le cheval permet alors de revenir à des expériences très concrètes qui permettent d’apaiser cet état.

Le cheval aide notamment à :

Ralentiret sortir temporairement du rythme effréné du quotidien.

Revenir aux sensations corporelles: respiration, posture, tension, mouvement.

Se reconnecter à ses émotionsplutôt que de fonctionner uniquement dans le mental.

Prendre conscience de son niveau de tension ou de fatigue.

Apprendre à écouter ses limites.

Retrouver progressivement une sensation de sécurité.

Réinvestir son corps autrement que comme un corps épuisé.

2. Le cheval ne juge pas

Un burn-out, ça peut être très dur, long et en sortir peut être un chemin très périlleux. Ce long chemin laisse souvent une empreinte sur la confiance en elle de la personne et sur ce qu’elle pense d’elle. On entend souvent les patients rapporter de la culpabilité « Je devrais être capable de gérer. » « Je n’arrive plus à faire ce que je faisais avant. » « Je suis devenu moins performant. » Face au cheval, ces injonctions perdent progressivement leur place. En effet, celui-ci ne connaît ni le métier de la personne, ni son statut, ni ses réussites, ni ses échecs. Cette relation offre ainsi un espace dans lequel la personne peut expérimenter une autre manière d’être en relation :sans devoir prouver sa valeur.

De plus, les animaux permettent généralement d’ouvrir un espace de parole et de sécurité beaucoup plus facilement qu’en cabinet. Ils apportent réconfort, douceurs et sujets à partager avec le thérapeute. De cette manière, ils permettent à la personne de se sentir en sécurité. Ils font le lien entre la personne et le thérapeute et facilitent donc l’alliance.

3. Sortir du « faire » pour retrouver le « ressentir »

Les personnes en burnout ont souvent été longtemps dans l’action.

Faire. Organiser. Anticiper. Résoudre. Répondre. Produire. Gérer. Mais aussi et surtout, tenir envers et contre tout. Pour tenir, il faut souvent arrêter de ressentir. Mais on rentre alors dans un cercle vicieux car sans sensation on ne se rend plus compte qu’on dépasse nos limites et qu’on arrive proche d’un point de rupture.

L’accompagnement avec le cheval ramène à ces sensations : il invite à être présent plutôt qu’à faire davantage.

L’action n’a des bénéfices que lorsque les sensations sont prises en compte, et c’est vers ça qu’on veut ramener les personnes dans nos suivis.

Observer un cheval, marcher à ses côtés, le brosser, entrer en relation avec lui ou simplement rester près de lui demande une disponibilité différente.

Progressivement, la personne peut redécouvrir des sensations qu’elle avait mises de côté. Comment est-ce que je me sens aujourd’hui ?

Est-ce que je suis tendu ?

Est-ce que je vais trop vite ?

Est-ce que j’arrive à m’arrêter ?

Ces questions peuvent devenir de véritables points de départ thérapeutiques.

4. Apprendre à réguler ses émotions

Le burnout peut rendre les émotions plus difficiles à gérer.

Irritabilité, anxiété, découragement, colère, tristesse ou sentiment de débordement peuvent prendre beaucoup de place.

Le cheval offre une relation dans laquelle la régulation émotionnelle devient concrète. Si la personne est très agitée, le cheval peut réagir à cette agitation.

Si elle ralentit, respire et retrouve davantage de stabilité, la relation peut évoluer. La personne expérimente alors quelque chose d’essentiel :

son état intérieur peut avoir un impact sur son environnement, mais elle peut également agir sur son propre état.

Le cheval agit comme miroir de nos émotions et permet donc à la personne de voir de manière très concrète l’impact de ses émotions, ce qu’elle vit mais aussi ce que ça donne quand elle arrive à exprimer et sortir ses émotions.

5. Apprendre à reconnaître et poser ses limites

Le burnout est souvent associé à une difficulté à identifier ou respecter ses propres limites. Le cheval est un véritable atout lorsqu’il s’agit de travailler les limites. Si on ne met pas de limite, il nous le montrera directement. D’une part les chevaux nous montrent de manière claire lorsqu’on n’arrive pas à mettre de limite mais en plus de ça, ce sont de véritables professeurs pour apprendre à les poser. Un cheval se sent paisible face à des limites claires et donc par renforcement positif, les personnes peuvent apprendre que poser des limites, ça permet à tout un chacun de se sentir bien.

6. Retrouver confiance en soi

Le burnout peut profondément fragiliser l’estime de soi.

La personne peut avoir le sentiment de ne plus être capable, de ne plus être à la hauteur ou d’avoir perdu certaines compétences.

Le cheval permet de proposer des expériences de réussite qui ne reposent pas sur la performance professionnelle. Elles permettent de reconstruire progressivement une perception plus juste de ses capacités.

De plus, il est également important de retrouver le droit de ne rien réussir, mais juste de prendre un moment pour soi et de se sentir bien.

Mais alors, pourquoi accompagner ces séances avec une psychologue ?

Parce que le cheval n’est pas un thérapeute.

Il est unmédiateur.

Et c’est toute la différence.

La présence d’une psychologue permet de donner du sens à ce qui se passe pendant la séance. Le cheval fait vivre une expérience.

La psychologue aide la personne à mettre des mots sur cette expérience, à comprendre ce qu’elle révèle et à faire le lien avec son histoire et son quotidien. Elle peut également aider à éviter une erreur fréquente : vouloir aller trop vite. Dans le burnout, récupérer ne signifie pas simplement « retrouver son niveau d’avant ». Il s’agit souvent d’apprendre à fonctionner différemment et à respecter son rythme.

De plus, et c’est un point très important pour le bien-être animal: la thérapie c’est dur, et le cheval a besoin d’une personne de référence qui le guide mais aussi et surtout le soutient, le valide, sait quand il a besoin d’une pause. C’est le rôle des psychologues de notre équipe.

C’est pour cela qu’il est également très important de travailler avec des chevaux formés, qui connaissent bien les thérapeutes qui les accompagnent et qui travaillent quasiment exclusivement en thérapie. On ne peut pas demander à un cheval de porter plein de personnes sur la journée sans rien dire et puis d’exprimer tout ce qu’un patient vit à un autre moment. Il faut être cohérent et si on demande à un cheval de s’exprimer, on doit pouvoir accueillir ce qu’il exprime à tout moment.

La psychologue apporte notamment :

Un cadre thérapeutique sécurisant.

Une écoute professionnelle et sans jugement.

Un accompagnement adapté à l’état psychologique de la personne.

Une aide pour identifier les émotions et les besoins.

Une mise en mots des ressentis corporels et émotionnels.

Une compréhension et analyse des mécanismes qui ont participé au burnout (balance ressource vs facteurs de risque).

Un travail autour des limites, de la culpabilité et de l’estime de soi.

Un accompagnement dans la reconstruction progressive.

Des liens entre ce qui est vécu avec le cheval et les situations du quotidien.

Conclusion : un accompagnement qui associe le corps, les émotions et la parole

L’intérêt de l’accompagnement avec le cheval n’est donc pas de remplacer la parole. Au contraire. Il peut permettre de créer un pont entre le vécu corporel, l’expérience émotionnelle et la réflexion psychologique.

On pourrait résumer le chemin ainsi :

Le corps ressent→le cheval réagit→la personne expérimente→la psychologue accompagne →les mots donnent du sens→les apprentissages peuvent être transférés dans la vie quotidienne.

C’est cette complémentarité qui peut rendre l’approche particulièrement intéressante dans l’accompagnement du burnout.

Sources

  1. DELBROUCK, M. (2020). Interventions spécifiques relatives au burn-out professionnel. In M. Mikolajczak, E. Zech & I. Roskam (dir.), Burn-out professionnel, parental et de l’aidant : Comprendre, prévenir et intervenir (pp. 259–278). Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur. https:// doi.org/10.3917/dbu.mikol.2020.01.0259.
  2. MIKOLAJCZAK, M., ZECH, E., & ROSKAM, I. (dir.). (2020). Burn-out professionnel, parental et de l’aidant : Comprendre, prévenir et intervenir. Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur. https://doi.org/10.3917/dbu.mikol.2020.01.
  3. ROSKAM, I., & MIKOLAJCZAK, M. (2018). Le burn-out parental : Comprendre et prendre en charge. Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur. https://doi.org/10.3917/dbu.roska.2017.01.
  4. BRIANDA, M. E., ROSKAM, I., & MIKOLAJCZAK, M. (2019). Comment traiter le burn-out parental ? Manuel d’intervention clinique. Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur.
  5. WORLD HEALTH ORGANIZATION (WHO). (2019). Burn-out an “occupational phenomenon”: International Classification of Diseases. World Health Organization, 28 May 2019.
  6. WORLD HEALTH ORGANIZATION (WHO). Burn-out an occupational phenomenon. International Classification of Diseases, 11th Revision (ICD-11).
  7. KAPTEIJN, C., REINDERS, N., HUETING, M., et al. (2025). Are Equine Assisted Interactions (EAI) a Dark Horse Bet? A Systematic Review on Measuring the Psychological and Physiological Effects of EAI on PTSD, Anxiety and/or Mood Disorders. Psychiatry and Clinical Psychopharmacology, 35(Suppl. 1), S90–S112. https://doi.org/10.5152/pcp.2025.24958.
  8. KOVÁCS, G., VAN DIJKE, A., & ENDERS-SLEGERS, M.-J. (2020). Psychodynamic Based Equine-Assisted Psychotherapy in Adults with Intertwined Personality Problems and Traumatization: A Systematic Review. International Journal of Environmental Research and Public Health, 17(16), 5661. https://doi.org/10.3390/ijerph17165661.

Ilana

Psychologue · Hippothérapeute
Psychologue clinicienne · Hippothérapeute Psychologue au sein de L'entre-Deux depuis sa création. Formée en hippothérapie, médiation animale, hypnose et psychologie sociale, elle est la gérante de l’Asbl L’entre-deux et prend en charge des adultes en difficultés émotionnelles et des personnes en situation d’handicap.
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