Skip to main content
Retour aux articles
Familles & particuliers

Dans les pas d’une séance : le regard d’une proche sur un suivi

Ilana
Publié le 27 août 2026
Le cheval ne fait pas semblant

Voici un article écrit par une proche d’un enfant venu en séance dans notre centre, les noms, âges et informations personnelles ont été changés.

Quand La Nature S’Offre À Nous

Ysaline G

Le 7 novembre dernier, en pleine période de confinement, ma maman m’a invitée à l’accompagner pour assister à une séance d’hippothérapie. Elle a réservé une séance pour un proche, Thomas, 7 ans, dont la maman souffre d’une maladie chronique. C’est suite à cette invitation que j’ai découvert l’univers étonnant de « L’entre-deux », un centre de ressourcement, d’hippothérapie et de médiation animale dans le Brabant Wallon.

La grande porte en bois de l’entrée cache un cadre magnifique. Dès mon arrivée, je me sens apaisée. Un sentiment de liberté, d’écoute, de quiétude s’offre à moi. Ce petit domaine unique où la nature bat son plein m’accorde un sentiment d’équilibre et de plénitude. La petite rivière traversant ce lieu boisé m’apporte de la sérénité. Les multiples sentiers me conduisent vers de petites écuries, des prairies et une piste pour les chevaux.

En chemin, je croise un âne, des chiens, des canards, des chèvres, un mini-cochon et même des tortues. À ce moment-là, je sais déjà que je reviendrai.

Si mon but premier est d’observer une séance d’hippothérapie, l’accueil que me réservent Ilana, psychologue et Maryse, kinésithérapeute m’annonce que ce centre « L’entre-deux » représente bien plus qu’un centre d’hippothérapie.

Au départ, l’hippothérapie était pour moi une thérapie accompagnée d’un cheval. Je n’en connaissais pas davantage. Maryse m’explique sa vision des choses et rejoint la définition suivante : l’hippothérapie est une « Thérapie Assistée par le Cheval (TAC) en tant qu’application de la Thérapie Assistée par l’Animal (TAA) » (Guilmot, 2011). La TAA est « une intervention visant l’amélioration du bien-être physique, émotionnel, cognitif ou social de l’humain et dans laquelle l’animal, par ses caractéristiques corporelles et relationnelles, joue un rôle de médiateur entre le thérapeute et le bénéficiaire » (Guilmot, 2011). Maryse complète cette définition par des mots tels que les sensations, l’expérimentation, le miroir des émotions… Elle parle aussi de médiation animale, de ressourcement… Tous ces termes me feront sens au fur et à mesure de mes visites.

Dans chaque séance d’hippothérapie, il existe un fil conducteur. Thomas a la chance de bénéficier d’une séance par semaine. Il vit ces moments intensément. Il adore tellement qu’il attend ses rendez-vous avec impatience. Le centre est devenu son « antre », un

nouveau mot entré dans son vocabulaire depuis qu’il vit cette expérience. Au début de chaque rencontre, Ilana demande à Thomas comment s’est passée sa semaine et ils partent chercher un cheval qu’il peut choisir. C’est important pour lui. Il lui est très difficile de prendre des décisions, d’opérer des choix. En effet, il est le petit dernier d’une famille de cinq enfants, plus âgés que lui. En général, à la maison, il suit le mouvement de la famille.

Au fur et à mesure des séances, je constate que Thomas progresse bien à ce niveau-là, il profite des opportunités qui s’offrent à lui. Après avoir choisi le cheval arrive le moment du brossage. Thomas utilise des brosses dures et des brosses douces. C’est un temps où il parle avec le cheval, le caresse, sent sa chaleur, son odeur, entre en relation avec lui. Après quelques séances, il devient plus autonome, il prend plus d’initiatives. Même si ce n’est pas l’activité qu’il préfère, il s’applique.

Toutes ces sensations, ces stimulations sensorielles entraînent selon Maryse un éveil corporel. Le brossage est toujours suivi d’un travail en piste où Thomas monte à cru sur le cheval. Là encore, Ilana, qui dirige la séance, lui propose de choisir entre des exercices de parcours, d’équilibre, de passage de barres, de trot… Thomas est de plus en plus à l’aise sur le cheval et arrive à se détendre.

Ce petit garçon très peureux, pas du tout téméraire, prend beaucoup d’assurance. Il adore le trot et se lance régulièrement des défis. Il choisit souvent Belibaste, le plus grand cheval du centre, avec un mètre 75 au garrot.

La séance d’hippothérapie se termine par une promenade. Celle-ci est un moment privilégié pour ses bienfaits au niveau psychologique. Maryse me parle du cheval comme un catalyseur social qui encourage la communication et qui facilite la relation avec le thérapeute. Je comprends ses propos quand je remarque que Thomas se confie énormément à Ilana lors des promenades.

Étonnamment, si le cheval s’arrête de marcher, Thomas s’arrête de parler. Par l’intermédiaire du cheval, Thomas fait une confiance aveugle à Ilana. Il peut mettre les mots sur ses émotions et ose parler de la maladie de sa maman. Il a d’ailleurs demandé à Ilana son numéro de téléphone pour l’appeler quand il a peur. Ainsi, elle pourrait confier ses tracas à Belibaste et à Darco, ses chevaux préférés.

Sur base de cette observation, je saisis le sens du terme « médiateur ». Le cheval est l’ « entre-deux ». Il est entre le thérapeute et le petit garçon. Parler à une psychologue assise au bout d’une table serait compliqué pour lui.

L’observation du cheval en tant qu’ « entre-deux » me ramène à la dénomination du centre qui n’a pas été choisie par hasard. Ilana et Maryse me font part d’autres significations. Les animaux sont sensibles et réactifs à l’environnement. Ils ont une grande capacité à être en résonance avec le comportement des autres êtres vivants. Ils sont le miroir de nos émotions. Le cheval traduit par son comportement l’état d’âme de la personne avec qui il est en contact. Il est ainsi l’ « entre-deux » qui permet au thérapeute de comprendre son patient.

Lors d’une séance, Thomas qui débordait d’énergie a ramené les chevaux dans leur écurie respective. Ceux-ci marchaient rapidement, leur rythme était plus soutenu que d’habitude. Cela reflétait le dynamisme de Thomas. En évoquant l’image du miroir,

Maryse rajoute le fait que le cheval, tout comme l’humain, a sa bulle personnelle. Startup, un cheval du centre qui ne se laisse approcher de personne, illustre bien cette idée. Il a une bulle personnelle énorme.

J’ai été très surprise de constater que Joséphine, la maman de Thomas, venue accompagner son fils lors d’une séance, ait pu le caresser. La psychologue a justifié ce comportement par le fait que Startup n’a senti aucune intrusion de la part de cette maman. Elle a elle-même une grande bulle personnelle.

Le cadre naturel offert par le centre « L’entre-deux » matérialise le souhait de Maryse et Ilana de compléter les bienfaits de l’hippothérapie, leur volonté étant d’en faire un lieu de ressourcement et de médiation.

Si leur public cible représente des enfants, mais aussi des adultes, avec diverses difficultés (troubles moteurs, cognitifs, relationnels, psychologiques, stress, maladies tels les cancers, soins palliatifs…), les accompagnants peuvent en profiter. L’impression de ressourcement lors de ma première visite n’était pas uniquement liée au fait que le confinement me pèse beaucoup. Le sentiment de liberté, de quiétude est une réponse à l’aspiration de Maryse et Ilana. Si ce lieu en pleine nature est ressourçant à la base, il vise le mieux-être en offrant des moments authentiques, de plénitude, centrés sur soi. Ce cadre m’ouvre au monde et me fait prendre de la distance avec mes pensées incessantes.

Certains animaux ont été éduqués spécialement dans le domaine de la médiation animale. Ceux que j’ai rencontrés ne sont pas là inopinément. René, le jeune SaintBernard, est encore en formation. Eustache, le mini-cochon, adore qu’on le caresse. La médiation animale est une thérapie qui se base sur la relation entre l’humain et l’animal. Lors de mes différentes visites, j’ai pu comprendre qu’elle tend à améliorer l’estime de soi, à combler une partie de nos besoins émotionnels et psychologiques tels que le besoin de se sentir aimé et utile. Après chaque séance d’hippothérapie, Thomas peut se promener dans le domaine, caresser les animaux, donner du foin aux moutons et aux chèvres et proposer des parcours d’agilité aux chiens. Il profite de nouvelles expériences en contact avec la nature, avec les animaux. Le centre « L’entre-deux » est ainsi bien plus qu’un centre d’hippothérapie.

Des recherches complémentaires m’ont amenée vers le concept de Sibony me conduisant à un nouveau sens de l’appellation du centre. Daniel Sibony, docteur en mathématiques et en philosophie, est aussi psychanalyste. Selon lui, durant notre existence, nous passons par des moments « entre-deux », où il est nécessaire de quitter ce que nous connaissons pour nous diriger vers l’inconnu. Ce concept de l’ « entre-deux » généralise la notion de différence, différence entre ici et ailleurs, jeune et adulte, vie et mort …, où il n’existe pas de frontières, mais des espaces ouverts, des « entre-deux ». Les lieux et les expériences par lesquels nous passons pour devenir différents nous imposent une prise de risque (Sibony, 1991).

Les situations de Joséphine et Thomas représentent des « entre-deux ». Pour Joséphine, l’avant de sa maladie n’existe plus, et l’après n’existe pas encore. Elle est « entre-deux ». Quant à Thomas, l’expérience de la maladie de sa maman lui fait passer un cap dans la vie. Il fait face à des choses difficiles, grandit, change et devient différent.

Ces deux mois d’observation m’ont été très enrichissants. Dans les conditions sanitaires actuelles de la crise du coronavirus, je retrouve le concept de l’ « entre-deux ». Notre vie d’avant n’existe plus et celle d’après n’existe pas encore. Nous sommes confinés dans un « entre-deux ». Bien que ma venue dans ce centre avait pour but principal la rédaction de ce travail, je me suis sentie accompagnée dans cet « entre-deux » que je vis difficilement. Ce cadre naturel m’a permis de prendre de la distance avec les situations difficiles que je vis. Un nouvel espace de ressourcement s’est offert à moi. Bibliographie • Guilmot, P. (2011). Cheval et pleine conscience . De Boeck. • Sibony, D. (1991). Entre-deux : L’origine du partage. Seuil.

Ilana

Psychologue · Hippothérapeute
Psychologue clinicienne · Hippothérapeute Psychologue au sein de L'entre-Deux depuis sa création. Formée en hippothérapie, médiation animale, hypnose et psychologie sociale, elle est la gérante de l’Asbl L’entre-deux et prend en charge des adultes en difficultés émotionnelles et des personnes en situation d’handicap.
Partager
© 2026 L'entre-Deux ASBL · Tous droits réservés